Trop d’objets connectés peuvent amener au burn-out

(Mis à jour le: 6 janvier 2015)
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Les appareils connectés qu’on utilise au quotidien (tablettes, smartphones, …) incitent les cadres à continuer de travailler une fois rentrer chez eux. Face à ce phénomène d’« hyperconnexions », les médecins du travail et les syndicats tirent la sonnette d’alarme.

Il est vrai que les innovations technologiques sont bel et bien présentes dans le monde professionnel et dans la vie privée. Discussions instantanées et tchats sur les réseaux sociaux font désormais partie du quotidien des travailleurs. Cela leur permet de rester connecté à toute heure, au bureau comme au travail, mais aussi d’être joignable à tout moment par l’employeur.

En Allemagne, on prend ces risques très au sérieux. En effet, on a constaté une importante augmentation des troubles ou des arrêts maladies entre 2008 et 2011. C’est pourquoi le Ministère du travail allemand compte instaurer une loi s’opposant au stress professionnel, dans le but d’encadrer les possibilités de joindre un salarié par téléphone ou par mail en-dehors des horaires de travail. Des firmes d’envergure comme BMW ou Volkswagen ont déjà adopté des mesures allant dans ce sens.

La vie privée et la vie professionnelle de plus en plus entremêlées

Les nouvelles technologies n’apportent pas que des avantages : le monde professionnel se mélange avec le domaine social et même privé. D’après Jean-Claude Delgènes, Directeur Général du cabinet Technologia (prévention des risques psychosociaux), ce mélange engendre des risques. Il explique qu’il est possible de régler des soucis familiaux au travail grâce à un simple smartphone. Chez certains salariés, cette possibilité de faire un jonglage entre vie privée et professionnelle implique des difficultés. En effet, le rythme quotidien est chamboulé et le temps de récupération devient moindre. Le spécialiste réitère également que tout ce qui est en faveur du sur-engagement professionnel amène à se fatiguer davantage au point d’arriver au burn-out. Pourtant, les appareils connectés, comme les tablettes, poussent à continuer à travailler même une fois de retour à la maison le soir. En fait, ces appareils peuvent à eux seuls entraîner un burn-out. Une étude faite par Technologia a révélé que plus de la moitié des cadres continuent leur travail à la maison. Jean-Claude Delgènes indique que cette situation fait perdre une heure de sommeil par nuit et ce, depuis une quarantaine d’années.

Instaurer un encadrement de l’utilisation des appareils connectés

Jean-Claude Delgènes estime qu’il est temps de faire preuve de maturité dans l’utilisation des appareils connectés. En effet, ces outils sont un obstacle aux prises de recul. Pourtant, prendre du recul est nécessaire pour prendre des décisions de manière réfléchie, que ce soit dans le court ou le long terme. De plus, les salariés prennent de moins en moins l’habitude de débrancher les appareils. Pourtant, l’imposition d’auto-discipline est complexe, car les salariés n’ont parfois même pas un seul moment de répit dans la journée. Une des possibilités est de négocier de nouveaux modes d’utilisation des appareils électroniques afin que le temps de repos des employés soit respecté.

Toutefois, les professionnels ne sont pas tous du même avis concernant cette mise en place de régulation de l’usage des objets connectés. Certains estiment qu’une législation permettrait aux employeurs comme aux employés d’avoir plus de respect du rythme de vie (je ne comprends pas ce que vous voulez dire par là). D’autres pensent que cela inciterait certains cadres à profiter du temps de repos qui leur est alloué à faire autre chose nécessitant toujours l’usage d’appareil connecté. Cette situation dite de « laisse électronique » laisse réfléchir sur les charges de travail et la manière dont la santé des employés peut s’adapter.

Rapidité de la connexion grâce à l’électronique

Marie Pézé, psychologue, estime que les processus s’accélèrent à une vitesse folle grâce aux appareils électroniques. Cela provoque pourtant une tension et l’impression que le travail n’est pas soigné. Les salariés se plaignent de ne plus disposer de temps pour penser et de devoir réaliser leurs tâches comme des robots. De plus, ils ont toujours l’impression de ne pas être à jour. N’ayant plus de temps de réflexion nécessaire, le travail semble mal réfléchi et les salariés ne sont pas fiers du fait que le travail se soit fait en urgence.

Tous les spécialistes connaissant le phénomène « jamais à jour » observent que les cadres travaillent tard le soir et passent même leur week-end en compagnie des appareils connectés pour finir un travail qui ne peut plus l’être au bureau. Les appareils électroniques font disparaître la frontière entre la vie au travail et la vie privée. Le salarié semble être devenu un véritable bourreau du travail. Recommander à ce salarié de déconnecter son appareil n’est pas suffisant. Une déconnection mécanique devra lui permettre d’imposer la coupure qui ne sera que bénéfique pour sa santé. Marie Pézé indique qu’une législation sur ce sujet existe déjà, mais que ces règles ne sont pas appliquées, ou bien le sont mal. Par exemple, l’article L 4121 spécifie l’obligation de l’employeur de préserver la santé mentale et physique des employés. Il ne s’agit pas pour cela que d’obligation de résultat, mais aussi de moyens. Le code du travail fixe aussi un délai minimal (11 heures) entre deux jours de travail. Pourtant, les mails et sms sont reçus tard en soirée, ce qui rend pratiquement impossible l’application de cette loi. En France, un premier accord de branche a dernièrement instauré « un droit à la déconnexion » dont les cadres du secteur numérique n’ayant pas d’horaires fixes devraient bénéficier. Le texte rappelle la nécessité de prendre un recul vis-à-vis de ces appareils informatiques afin que la durée légale de repos minimum soit respectée.