Pénurie de médecins du travail : CFE CGC Vs gouvernement

penurie de medecins du travail
(Mis à jour le: 19 mars 2019)
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La pénurie de médecins du travail est un fait et pose certains problèmes aux entreprises soucieuses de la santé et la sécurité des travailleurs. En effet, pour une démarche SST réussie, les visites médicales doivent être systématiques et régulières. Malheureusement, l’insuffisance de médecins du travail entraîne l’une insuffisance des visites médicales. Pour simplifier l’activité des entreprises, le président François Hollande prévoit de diminuer le champ d’action des médecins de travail en déléguant les visites aux médecins généralistes. Une décision qui ne convient pas du tout à la CFE CGC.

50 nouvelles mesures pour simplifier l’activité des entreprises

C’est lors de la présentation des 50 nouvelles mesures de simplification de l’activité des entreprises, en octobre dernier, que François Hollande a annoncé sa décision de réduire le champ d’action des médecins de travail surchargés et de déléguer les visites médicales aux médecins généralistes. Une décision qu’il trouve être le mieux, mais que la CFE CGC (Confédération française de l’encadrement – confédération générale des cadres) n’a pas validé et pour cause : cela va à l’encontre de la QLVT.

Le médecin du travail doit avoir des compétences spécifiques

La CFE CGC tient à rappeler que pour devenir médecin du travail, suivre la spécialité correspondante est obligatoire. Cette spécialité a été ouverte en 1946 afin que les travailleurs puissent bénéficier d’une visite médicale approfondie et aient accès à un espace de parole exclusivement dédié au travail à aux éventuels dysfonctionnements qu’ils y détectent tels que l’amiante, le burn-out, le canal carpien, …

Les salariés ne peuvent en parler librement qu’au médecin du travail, car il est le seul apte à identifier un environnement toxique ou une organisation de travail délétère. Il a aussi reçu une formation lui permettant de connaître les spécificités de chaque poste de travail et de chaque entreprise ainsi que les risques relatifs à chaque métier.

Le médecin du travail est le garant de la QLVT ou qualité de vie au travail. Si le gouvernement lui retire les visites médicales systématiques, il n’aura plus une vue globale sur les entreprises et c’est la pire chose qui puisse lui arriver puisque son rôle est justement d’assurer la santé des travailleurs.

Grâce à ces connaissances spécifiques, il est le seul capable de réaliser une visite médicale. De ce fait, en confiant cette tâche au médecin généraliste, la visite médicale risquerait de se transformer en simple bilan de santé.

Une décision prise sans l’aval du Coct

Un autre fait qui insurge la CFE CGC, le président aurait pris cette décision sans consulter le Coct (Comité d’orientation sur les conditions de travail). Ce comité joue le rôle d’instance nationale de concertation entre partenaires sociaux et pouvoirs publics.

Pour Martine Keryer, secrétaire nationale Santé au travail, le fait que le président de la République n’ait pas consulté le Coct pour prendre une telle décision est une autre raison pour ne pas valider cette mesure.

Elle tient donc à nous rappeler que le Coct :

  • doit participer à l’élaboration de la politique nationale de prévention des risques professionnels
  • doit être consulté sur les projets de lois et textes règlementaires concernant la protection et la promotion de la santé et de la sécurité au travail ainsi que sur les projets relatifs aux instruments internationaux
  • est le seul à pouvoir formuler des recommandations et des propositions d’orientation concernant les conditions de travail

Ainsi, puisque le Coct n’a pas participé à cette décision, elle ne devrait pas être appliquée.

Les solutions avancées par la CFE CGC

Au lieu de dispenser le médecin du travail de faire son travail, le gouvernement devrait :

  • ouvrir plus de postes d’interne : pour la CFE CGC, le fait qu’il n’y ait pas assez de postes ouverts en internat est la principale raison de cette pénurie de médecins du travail. Ainsi, pour qu’il y en ait plus, il suffirait simplement d’ouvrir plus de postes.
  • recruter plus de collaborateurs médecins : même si ces derniers ne sont pas encore spécialisés dans la médecine du travail, il est possible de les recruter à condition qu’ils s’engagent à suivre une formation de quatre ans pour devenir spécialiste. Soulignons que seuls les services de santé au travail peuvent recruter ces professionnels.

Une dernière solution proposée : adapter les visites aux conditions de travail de chaque salarié (travailleur de nuit, travailleur à risques, contrats courts, …). Cela permettrait aux médecins du travail d’avoir moins de travail tout en assurant une bonne qualité de prestation.

Enfin, la CFE CGC a renforcé le fait que les visites systématiques tous les deux ans doivent être maintenues et assurées par le médecin du travail.