Les conduites addictives au travail

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(Last Updated On: 19 novembre 2014)

Que ce soit au travail ou dans la vie privée, une addiction est toujours perçue comme négative, car cela implique que la personne n’est plus maîtresse de sa volonté et de sa vie. Dans le milieu professionnel, une conduite addictive peut mener à des conséquences plus ou moins graves. Soulignons que le problème peut aller dans les deux sens : la personne peut prendre des produits addictifs ayant des répercussions sur son travail, mais le travail peut aussi être la source de l’addiction. Les organismes de la santé et sécurité au travail souhaitent donc adopter des mesures pour prévenir ces pratiques addictives au lieu de toujours les sanctionner.


Qu’est-ce qu’on entend par pratique addictive ?

La définition donnée par l’INRS est la suivante :
« L’impossibilité répétée de contrôler un comportement et la poursuite de ce comportement en dépit de la connaissance des conséquences négatives ». C’est pour cela qu’il préfère appeler l’addiction une « pratique addictive ». Cette pratique englobe tout ce qui peut être considéré comme une addiction. L’INRS les a classés en trois catégories à savoir :
L’usage simple : sont considérées comme usage simple toutes les pratiques ponctuelles dont les conséquences ne sont pas visibles à court, mais à long terme.
L’abus : on parle aussi d’usage nocif et il se traduit par la consommation régulière de produits addictifs pouvant engendrer des effets néfastes aussi bien dans la vie professionnelle que privée.
L’addiction ou la dépendance sont liées à la surconsommation de produits addictifs qui pousse la personne à adopter un comportement addictif.
La pratique addictive peut alors être classée par intensité de la consommation de produits addictifs ou psychoactifs.
Les addictologues ont aussi donné leur définition de l’addiction et ont décelé trois types d’usages à savoir :
– Les usages que les employés emmènent jusque dans l’entreprise : ce sont surtout des conséquences de leur pratique addictive dans la vie privée qui ont des répercussions sur leur travail.
– Les usages réalisés durant les repas et fêtes d’entreprises.
– Les usages suscités par les conditions de travail.
Cette définition rejoint donc l’hypothèse que le travail peut être une source d’addiction. Pourquoi ? Parce que selon diverses études, le travail est une source de pression professionnelle et sociale. C’est cette pression qui finit par pousser le salarié à adopter ou à aggraver une pratique addictive par le biais, par exemple, de consommation de médicaments psychoactifs et psychotropes. Une étude menée depuis 1986 a donc démontré la consommation de substances addictives des travailleurs français. Les résultats n’ont été publiés qu’en 2009 et selon eux, 20% des travailleurs prennent des médicaments psychotropes pour rester performants au travail, 12% en prennent pour soulager un symptôme gênant et 18% en prennent pour se détendre suite à une dure journée.
Ces résultats prouvent que la prise de substances addictives est de plus en plus courante dans les entreprises et malheureusement, c’est leur consommation ou surconsommation qui donnent naissance aux pratiques addictives destructrices.

Les produits addictifs les plus utilisés

Selon l’OFDT, un produit psychoactif attaque le psychisme et modifie le fonctionnement du cerveau (sensations, perceptions, activité mentale et comportement). Ce produit peut prendre plusieurs formes, mais les plus rencontrés sont l’alcool, le cannabis, la nicotine, les opiacés, les sédatifs, les hypnotiques, les anxiolytiques, les solvants volatils, la caféine, les amphétamines, les produits dérivés, les hallucinogènes et la phencyclidine. Il faut noter que certains de ces produits (comme le café) ont des effets sur l’état de l’utilisateur, mais ne sont pas forcément source de problème. C’est pour cela qu’on parle d’addiction qui définit un abus et une dépendance.
Pour mieux connaître les produits psychotropes sources de pratiques addictives, sachez qu’ils sont classés sous trois catégories à savoir :
Les dépresseurs : ils donnent un sentiment d’apaisement
Les stimulants : effacent les sensations de fatigue et rendent toujours dynamiques
Les perturbateurs : changent les perceptions des choses
Cette première classification date de 1991 et a été dressée par Pellicier et Thuillier. Quant à l’OFDT, il retient également trois catégories différentes plus ou moins semblables avec la classification de 1991. Pour l’organisme, les produits psychotropes se distinguent donc selon qu’ils soient :
– Des sédatifs
– Des stimulants
Des hallucinogènes

Psychoactif et psychotrope

Il faut noter que pour l’OFDT, psychotrope et psychoactif ont le même sens sauf lorsqu’on parle de médicaments. Autrement dit, pour lui :
Médicaments psychotropes = médicaments ayant pour but de modifier le psychisme. On retrouve dans cette catégorie les anxiolytiques (ou tranquilisants), les hypnotiques (ou somnifères), les antidépresseurs, les neuroleptiques, les psychostimulants et les thymo-régulateurs (pour réguler l’humeur).
Médicament psychoactifs = toutes les substances psychotropes au sens large.

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Les effets des substances psychoactives

L’INRS a édité un tableau concernant les effets des substances psychoactives en partant d’une première classification distinguant les produits autorisés des produits illicites.
La première catégorie englobe l’alcool, le tabac et les médicaments. Le premier entraîne une baisse des réflexes, le coma éthylique, la perte de contrôle pouvant emmener à un comportement agressif et sur le long terme, différentes maladies comme le cancer de l’oesophage ou la cirrhose du foie. Le tabac quant à lui est source de nombreux types de cancers, de maladies respiratoires et cardiovasculaires. Enfin, les médicaments peuvent engendrer diverses conséquences qui varient selon le type de médicaments pris.
La deuxième catégorie concerne le cannabis et toutes les autres drogues. Les produits illicites ont des conséquences plus graves comme les troubles de perceptions, les sautes d’humeur, les hallucinations, les troubles psychiatriques, les cancers, … Le cannabis est le plus souvent utilisé par les travailleurs, mais d’autres types de drogues sont également fortement addictives comme l’ecstasy, la cocaïne, … Leurs effets diffèrent selon le produit ingéré.

Peut-on devenir accro sans consommation de produits addictifs ?

Oui, cela est possible et l’addiction sans produit se traduit souvent par un besoin irrépressible de faire quelque chose. Dans cette catégorie d’addiction, on retrouve l’addiction au travail, la techno-dépendance, la dépendance affective, les achats compulsifs, le jeu pathologique et les addictions sexuelles. Même sans prendre un produit addictif, la personne peut en souffrir et cela peut avoir des effets négatifs sur sa vie en général (professionnelle, privée, sociale, …).

Comment devient-on dépendant ?

Pour le psychiatre Claude Olievenstein, la dépendance provient de la rencontre d’un produit ou d’un comportement avec un individu à un moment socioculturel donné. On retrouve donc trois critères dans cette définition à savoir :
– Le produit ou le comportement : il ne s’agit pas de tous les types de produits, mais exclusivement de ceux qui ont des vertus dépendantes et pharmacodynamiques. Ces produits doivent avoir un effet rapide et être accessibles pour engendrer la dépendance.
– L’individu : tout le monde ne peut pas devenir dépendant ou accro, mais seuls ceux qui présentent une vulnérabilité peuvent basculer dans ce cycle infernal. Cette vulnérabilité peut être d’ordre physique, psychologique, génétique ou psychosocial.
– Le moment socioculturel : le moment doit être propice à la dépendance comme un chagrin, une trop grande joie, une pression professionnelle, …
Pour le Dr Boudreau, la consommation d’un produit addictif est souvent due à un besoin d’évacuer des tensions externes (argent, vie familiale, …) et internes (échecs, ambition, isolement, …).

Quels sont les risques d’une addiction ?

Être dépendant à un produit engendre des conséquences plus ou moins graves sur l’environnement de la personne. Dans le milieu professionnel, un employé soumis à des pratiques addictives représente un danger et pour lui et pour son entourage. Dans son travail, il peut manquer de vigilance, devenir agressif, avoir des pertes de mémoire ou des hallucinations, … Les risques d’une addiction ont donc été classés en cinq catégories à savoir :
– Les conséquences économiques : absentéisme, retards, défauts de qualité, destruction de l’outil de travail, …
– Mise en danger de la sécurité individuelle et collective : accidents, non-respect des consignes de sécurité, …
– Dégradation de l’environnement de travail : violence, somnolence, agressivité, changements d’humeur, …
– Détérioration de l’état de santé du salarié pouvant entraîner son décès.
– Dévalorisation de l’image de l’entreprise.

Quels sont les domaines d’activités concernés ?

Tous les secteurs d’activités sont concernés par ce problème étant donné que la pression peut être présente dans tous les départements. Toutefois, la consommation de produits addictifs peut varier d’un salarié à un autre selon divers facteurs. Selon l’Inserm, les travailleurs en plein air, ceux qui subissent une pénibilité au quotidien et la manutention sont les services les plus touchés. La pratique addictive est aussi fortement rencontrée auprès des chômeurs.
Selon le baromètre santé 2010 de l’INPES, 16% des actifs occupés consomment de l’alcool au travail à part les verres pris durant les fêtes de l’entreprise. L’alcool et le cannabis sont les deux produits les plus consommés dans le cadre du travail et leurs conséquences ne sont pas légères. On compte jusqu’à 20% des accidents de travail dus à l’alcool et là encore, la majorité des buveurs ne sont pas considérés comme dépendants.
Toujours selon ce baromètre, 13,2% des consommateurs de cannabis au travail s’y adonnent à cause de problèmes professionnels. Autrement dit, même si le travail n’est pas la seule cause de la dépendance, il reste en grande partie responsable.

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