Les aveugles, oubliés de l’accessibilité ?

(Last Updated On: 12 août 2014)
Les aveugles, oubliés de l’accessibilité ?
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Quand il s’agit d’accessibilité d’un bâtiment aux personnes à mobilité réduite, on pense immédiatement à des ascenseurs ou des rampes, qui permettent généralement de solutionner les problèmes de la majorité des personnes atteintes de handicap moteur. Mais ce genre de handicap est-il réellement le seul à prendre en compte? La réponse est non, car il existe d’autres types de handicap, comme les problèmes d’acuité visuelle.

Mobilisation des aveugles de France

La Fédération des Aveugles et Handicapés Visuels de France (FAF) a pris le relais après la mobilisation de l’Association Valentin Haüy en ce qui concerne cette question d’accessibilité. La FAF a participé avec vigueur aux démarches de concertation concernant le projet d’ordonnance sur l’accessibilité. C’est la Commission Accessibilité du Conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH) qui représentant tenait le rôle de porte-parole. Cette commission est menée par le Secrétaire d’Etat chargé des personnes handicapées. D’autres entités ont également pris part dans cette commission.

Des décrets inadaptés

Il a fallu de nombreuses semaines de discussions et de débats avant que le gouvernement ne rédige un texte le 19 juin dernier (la parution au journal officiel étant le 11 juillet). Mais, selon l’association, ce texte ne reflète aucunement ce à quoi les concernés s’attendent en termes d’accessibilité pour les personnes qui ont des problèmes de vue, malgré qu’un consensus ait été trouvé sur la question. Ainsi, Vincent Michel, président de la FAF, est surpris de constater que l’ordonnance soit contradictoire avec la loi sur le handicap qui a été votée il y a environ 10 ans. Selon lui, il serait curieux que la gauche, dirigée à l’époque par François Hollande, qui jugeait le texte pas assez prévoyant, l’ôte à présent de la majeure partie de son contenu à travers cette ordonnance.

Les mauvais côtés

L’un des points négatifs de cette ordonnance est la suppression des bandes d’éveil à la vigilance dans les escaliers des Etablissements Recevant du Public (ERP). À la place, l’ordonnance rend possible l’installation de repères tactiles. Il s’agit là d’une aberration, d’après la FAF, ajoutant qu’à l’avenir, les architectes pourront se limiter au strict minimum pour ce qui est d’installer des repères qui ne seraient pas pratiques pour les concernés. Par ailleurs, la concertation a abouti à un engagement du gouvernement à apposer des rappels de numéros près de chaque porte. Pourtant, jusqu’ici, aucune apposition de ce genre n’a été faite : en réalité, la taille et le relief des caractères ne respectent pas le minimum préconisé, ce qui fait que ces signalisations ne pourront pas servir grand-chose aux personnes qui ont une déficience visuelle. La FAF a cité d’autres exemples du même type qui traduisent une mise en danger des personnes qui ont des problèmes de vue.

Vers un boycott de la Conférence Nationale du Handicap ?

Au vu de tout cela, la FAF interprète cette ordonnance comme une promesse sans lendemain, car les projets de décrets et d’arrêtés soumis sont contradictoires avec ce qu’elle a recommandé. Des sujets de désaccord sont présents autant dans le contenu que dans la forme. Par ailleurs, Vincent Michel s’étonne de la façon dont les négociations ont été conduites. En effet, le projet d’arrêté est parvenu au niveau des associations le vendredi à 20h, ce document contenant 40 pages n’ayant pas de version adaptée aux principaux concernés, à savoir les déficients visuels. Pourtant, une réunion qui sera déterminante devait se tenir le lundi matin suivant à 9h. Cette situation semble impliquer une remise en cause de la confiance des associations envers les autorités étatiques. C’est d’ailleurs ce que confirme la FAF qui ignore encore si elle répondra présente à la Conférence Nationale du Handicap (CNH) qui se tiendra fin 2014.