Législation sur les produits chimiques : développement d’un modèle prédictif

Legislation sur les produits chimiques developpement d un modele predictif
(Mis à jour le: 22 février 2019)
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Dans l’optique de faire évoluer les moyens de réglementer les produits chimiques, l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (INERIS) a conçu un modèle permettant de définir à l’avance les caractéristiques explosives d’un composant chimique.


Le modèle prédictif développé est basé sur une méthode dite « Quantitative Structure-Property Relationship (QSPR) ». Il s’agit du premier modèle de ce type, destiné à être exploité par les autorités publiques et les industriels à travers un logiciel. Il a été transposé dans la troisième version de la boîte à outils basée sur la méthode QSPR de l’agence européenne des produits chimiques (ou ECHA) et de l’organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).
Les modèles prédictifs ont une fonction au niveau de la conception de produits chimiques à travers la révélation des propriétés physico-chimiques.

Dans la boite à outils de l’ECHA et l’OCDE

Conformément à la législation européenne REACH, les industriels doivent enregistrer les substances chimiques à mettre sur le marché et évaluer les risques que présentent leurs produits pour l’environnement et l’être humain. Par ailleurs, la règlementation impose, outre l’évaluation des propriétés toxiques, la fourniture de plusieurs données sur les caractéristiques physiques et chimiques des produits. Dans le dossier concernant un produit, entre 14 et 17 rubriques doivent être renseignées, selon la quantité de produits commercialisés ou importés, notamment en ce qui concerne les dangers potentiels : explosivité, pouvoir oxydant, inflammabilité. Ainsi, les modèles prédictifs ont comme principal avantage la simplification des processus de définition des propriétés physico-chimiques. Cela constitue non seulement un avantage économique, mais aussi un gain de temps considérable. Le « tool box » de l’ECHA et de l’OCDE dans lequel on a intégré l’INERIS est un logiciel qui profitera aux autorités publiques, aux industries chimiques et à tous les acteurs concernés par le domaine. Ces outils de prédiction sont gratuits et considérés du point de vue scientifique comme des moyens de pallier aux lacunes concernant l’évaluation des risques liés aux produits chimiques.

toolbox

Source : https://echa.europa.eu/fr/

Ce nouveau modèle de prédiction incorporé dans la boîte à outils QSAR concerne une famille spécifique de composés nitrés, à savoir les nitroaliphatiques. Elle considère leur sensibilité à l’impact et donc, cette sensibilité à l’impact d’un produit est un moyen de caractériser le degré auquel un matériau peut entraîner une décomposition, c’est-à-dire le caractère potentiellement explosif, par réaction suite à un choc ou un impact. Cette caractéristique sert à classifier les substances dans le règlement dit « Classification, Labelling, Packaging » ou « CLP » et les règles régissant le transport de matières dangereuses. Quant à la méthode QSPR, elle sert à mettre en lien mathématiquement les diverses caractéristiques d’une molécule et les propriétés de celle-ci. Le modèle de l’Ineris est issu de la conception d’une base de données répertoriant 50 composés. Il permet de définir la sensibilité à l’impact d’un produit tout simplement en renseignant les trois descripteurs constitutionnels : nombre de liaisons simples, nombre relatif d’atomes d’azote et nombre de groupements NO2.

Utile au développement de nouveaux produits

Les modèles de prédilection servent dans des aspects autres que réglementaires des produits chimiques. Ils aident à identifier de manière précoce les dangers potentiels liés aux propriétés physico-chimiques des produits. Ils permettent aussi de mieux cerner les réactions chimiques représentant un danger, notamment concernant le vieillissement et la dégradation des substances, ainsi que les incompatibilités chimiques. Les méthodes jouent donc un rôle dans la conception de nouvelles substances chimiques, dès la phase d’expérimentation, dans une approche Recherche et Développement. En outre, les méthodes de prédiction peuvent avoir une utilité dans l’optique de substitution adoptée de nos jours.