Entreprise : Associer compétitivité, santé et bien-être au travail est-il encore possible ?

sante et bien etre font ils bon menage avec les enjeux de la competitivite
(Last Updated On: 13 janvier 2015)
Entreprise : Associer compétitivité, santé et bien-être au travail est-il encore possible ?
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Côté entreprises et monde du travail, les règlements deviennent de plus en plus exigeants et le coût relatif aux accidents de travail ne cesse d’augmenter. Si des mesures ont été prises pour renforcer la santé et la sécurité des salariés au travail, ces deux facteurs ne semblent plus suffire. Deux autres facteurs font alors leur apparition : la qualité de vie et le bien-être au travail. La question que bon nombre de professionnels se pose est si ces deux facteurs peuvent cohabiter avec la compétitivité.

Les riches s’enrichissent et la souffrance au travail se renforce

Il s’agit là de deux phénomènes contradictoires, mais bien réels. En effet, depuis le début de la crise en 2008, ces deux réalités apparaissent en parallèle. D’un côté, on voit les 500 plus grosses fortunes listées par le classement 500 de Forbes s’enrichir d’environ 35 % durant l’année 2013 (25 % chez les plus grosses fortunes françaises) et de l’autre, on remarque la nette progression de la souffrance au travail, de la pénibilité et des risques psychosociaux. Doit-on en conclure que les riches s’enrichissent en exploitant au maximum leurs salariés ?

Les normes favorisent la rentabilité de l’entreprise

Selon les analyses menées par les professionnels, le fait qu’une entreprise soit normalisée joue beaucoup en sa faveur en termes de rentabilité. Ainsi, les entreprises les plus rentables sont celles certifiées :
– ISO 9001 qui garantit la qualité des produits
– ISO 14001 qui garantit la qualité de l’environnement
– OHSAS 18001 qui concerne la sécurité et santé au travail
À ces normes seront bientôt ajoutés :
– un nouveau cadre stratégique pour améliorer la qualité de vie au travail (QVT) sur la période 2014 -2020. C’est la Commission européenne qui s’en charge.
– Un Plan Santé au Travail (PST) pour l’année 2015. C’est le troisième plan que le gouvernement français s’apprête à mettre en place.

Pourquoi autant de normes ?

Si les pouvoirs publics ont édité autant de normes c’est parce que la souffrance au travail laisse chaque année un trou béant dans les finances publiques qui pèse sur nos impôts. Selon la Commission européenne, on rencontre chaque année plus de trois millions de salariés victimes d’accidents de travail graves et ce, seulement au sein de l’Union européenne. Sur ces accidents, plus de 4 000 salariés en meurent.
Toutefois, depuis la mise en place des plans, normes et mesures préventives, la Commission européenne a pu enregistrer une réduction de 27,9 %, soit plus du quart du nombre d’accidents de travail ayant entraîné une absence de plus trois jours. D’une manière générale, on peut alors dire que la QVT (qualité de vie au travail) et le BET (bien-être au travail) peuvent très bien cohabiter avec la compétitivité au sein de la société. Comment faire toutefois pour que ce trio fonctionne de manière positive ?

Réduire la pénibilité au travail et les accidents de travail

La première recommandation censée c’est de réduire la pénibilité au travail et les accidents de travail.
Explication :
Pour comprendre pourquoi, munissez-vous de votre calculette pour déterminer le coût que la pénibilité va retirer de vos recettes. Six décrets ont été publiés dans le JO Français et ils stipulent que le montant des cotisations patronales et salariales sera désormais basé sur l’exposition des travailleurs à des facteurs de pénibilité au travail.
Autrement dit, plus les salariés seront exposés à la pénibilité, plus cher vous aurez à payer (environ 0,2 à 0,4 % de la masse salariale).
Un salarié victime d’un accident de travail coûte dans les 15 000 euros à l’entreprise. Ainsi, si cette dernière emploie 1 000 salariés exposés quotidiennement à des risques, les dépenses en soins médicaux qu’elle aura à payer par an tourneront autour des 500 000 euros.
Avec les normes et mesures préventives aujourd’hui à la disposition des professionnels, il leur est facile de réduire de moitié ces coûts qui pèsent sur leurs recettes. Malheureusement, les employeurs ne s’y soumettent généralement que sous la contrainte règlementaire.
Selon Frédéric Caillaud, directeur métiers HSE France au bureau Veritas, le fait que les entreprises ayant une stratégie QVT et BET soient plus rentables n’est donc pas surprenant puisque leurs dépenses annuelles sont grandement réduites.

Se plier à une réorganisation du travail

Lorsqu’un chef d’entreprise évoque l’éventualité de la mise en place d’une stratégie QVT ou BET, il est souvent freiné dans son élan par la somme que cette action va lui coûter. C’est d’ailleurs le principal frein qui empêche les employeurs de se mettre aux normes. Dans la majorité des cas, les entreprises s’y mettent sous la pression règlementaire et non pas de manière naturelle.
D’autres raisons à cette réticence ? Mis à part le coût, les employeurs voient également dans cette stratégie une réorganisation totale de leur travail et de cela, ils n’en veulent pas. Pour eux, réorganiser le travail signifie intensification du travail et cela ne leur plait guère puisque depuis l’apparition du Lean Office (Lean management), leur travail s’est déjà bien intensifié.
Une autre raison à cela, le Lean management français n’a rien de commun avec celui appliqué au Japon. En effet, si au Japon, le Lean provient de pratiques collectives, en France, il provient d’une décision Top-Down c’est-à-dire provenant de la hiérarchie supérieure et que les employés n’auront d’autres choix que de s’y plier.
Il est donc clair que le Lean Management entraîne d’abord ce que l’on appelle la « qualité empêchée » puis le mal-être au travail, les Risques Psycho-Sociaux et les Troubles Musculo-Squelettiques.
La présence d’un ergonome au sein de l’entreprise est vivement conseillée puisqu’il peut remettre en question la qualité de travail et la qualité de vie au travail. Il aide aussi à faciliter la réorganisation du travail en définissant le poste de chaque salarié.

Le travail : plus forcément au bureau

Pour les employeurs traditionalistes, un employé ne peut travailler que dans les locaux de l’entreprise et avec les nouvelles technologies d’aujourd’hui, ce n’est plus tellement vrai. En effet, depuis quelques années, travailler de n’importe où est possible pour un salarié et les avantages sont énormes.
– L’employé ne perd plus de temps dans les embouteillages : d’après une étude menée par l’Inrix, opérateur américain d’info-trafic, les embouteillages auraient coûté dans les 17 milliards d’euros rien qu’en 2013 en France soit environ 46 millions d’euros par jour. Malgré ce constat, le problème risque de durer encore longtemps si les employeurs exigent que les salariés viennent tous les jours au siège social.
– On rencontre moins d’accidents de la route donc moins d’accidents de travail puisqu’un employé se rendant au travail est couvert par l’assurance.
– Plus de bénéfices : puisque moins de salariés viennent au bureau, il est possible de louer certaines pièces ou étages de la compagnie et ainsi renflouer les caisses. De plus, avec moins de salariés dans les locaux, les espaces sont plus vastes, moins stressants et peuvent être mieux agencés et décorés.
Pour Philippe Tessier, un salarié ne devrait plus être obligé de travailler à dans l’entreprise et ce, grâce au nouveau système qu’il a inventé, le télétravail, associant notamment efficacité, lieux et environnement.
pour ce faire, il propose aux salariés et employeurs divers gadgets comme des oreillettes téléphoniques et des micro-casques.
Avec son équipe, il a créé une sorte de skype à utiliser en interne. Il est également possible de mener des réunions téléphoniques grâce à leurs inventions.

Faites place au trio autonomisation-QVT-compétitivité

La compétitivité liée à la QVT est de nos jours la grande tendance au sein des entreprises comme nous l’explique Bernard Rohmer, président du Mouvement pour l’organisation et le management du 21ème siècle ou MOM 21. Pour lui, établir un lien entre autonomisation des salariés, QVT et compétitivité est donc important au sein des organisations qui souhaitent le changement.
Pour ces organisations, la porte d’entrée vers la nouvelle ère se base sur la confiance qu’elles ont en chaque salarié. Grâce à cette confiance, les salariés sont plus autonomes, plus heureux et donc plus productifs.
De nombreux patrons d’entreprises ont testé la méthode et à chaque fois, ils ont pu remarquer une nette augmentation de leur production et par suite logique de leur chiffre d’affaires.
Bernard Rohmer rajoute qu’en travaillant sous la pression, les salariés sont bloqués sur le « pourquoi » alors qu’en étant plus autonomes, ils arrivent facilement au « comment » et c’est ce qui fait le succès de ce trio qu’est l’autonomisation, la QVT et la compétitivité.

Pour répondre à notre première question, les riches qui s’enrichissent sont ceux qui ont adopté le QVT et BET dans leur stratégie de production. Quant à l’augmentation de la pénibilité au travail, elle semble provenir des entreprises qui hésitent encore à investir dans une stratégie efficace et rentable. QVT et BET peuvent alors très bien cohabiter avec compétitivité.