Les explosions d’aérosol de graisse blanche dans l’industrie mécanique

Comment se protéger face aux risques chimiques ?
(Mis à jour le: 30 juillet 2019)

De nombreuses explosions d’aérosols de graisse blanche ou de chalumeaux portatifs ont créé ces derniers mois de nombreux blessés.

Les origines de ces inflammations d’aérosols sont liées principalement aux gaz contenus dans les chalumeaux d’une part : mélange de butane et de propane, ou butane et lubrifiants inflammables contenus dans les aérosols de graisse blanche.

Lorsqu’une entreprise mécanique réalise son Document de Protection contre les Risques d’Explosion (décret du 24 décembre 2002 applicable depuis le 1er juillet 2003), il est impératif qu’elle prenne en considération ce risque.

Tout aérosol comporte un gaz propulseur, en général le butane. Inflammable, il a une densité de 4 (l’air=1). Les vapeurs sont plus lourdes que l’air. Son point éclair est donné dans certaines fiches de sécurité comme inférieur à -104°C. Un salarié qui ne se rend pas compte que l’aérosol est vide va continuer à propulser le butane dont les vapeurs vont tendre vers le bas. Si le pourcentage en volume se situe entre 1,8%(LII) et 8,8% (LSI), une simple décharge électrostatique de 0,25mJ suffira à enflammer l’atmosphère explosible.

Une graisse blanche en aérosol comporte un produit chimique, additionné de vaseline alimentaire utilisés tout deux comme lubrifiant. Contrairement aux idées reçues, la vaseline est hautement explosible. Elle a une densité de 0,853g/ml et un domaine d’explosivité de 0,45%/v (LII) et 4,5%/v (LSI). Ce produit est un accumulateur de charges électrostatiques. Il émet des vapeurs au même titre que le butane. Si le salarié appuie de manière continue sur l’aérosol pour graisser des pièces mécaniques, les charges électrostatiques accumulées au contact de la pièce à graisser allumeront l’atmosphère explosible environnante. En effet, à la différence du butane dont les vapeurs sont les lourdes, les vapeurs vont se mélanger à l’air et brûleront probablement le bras du salarié.

C’est un constat avéré suite à une expertise réalisée sur un site dans lequel trois départs de feu ont eu lieu, brûlant gravement un des salariés et deux autres à leur postes de travail.

En qualité d’expert technique ATEX, je rappelle qu’il est important d’utiliser l’aérosol en pulsions discontinues pour éviter l’accumulation de charges électrostatiques. De même les travailleurs amenés à utiliser ces graisses blanches doivent porter des chaussures dissipatrices de charges afin que le salarié se décharge à la terre. Le sol ne doit surtout pas être revêtus de résine car cette dernière est un isolant et c’est le salarié qui servira de détonateur à la graisse blanche, d’autant s’il ne porte pas de vêtements 100% coton ou antistatiques.

Virginie Têtu, experte spécialisée dans le domaine de l’ATEX