Accidents au travail : attention aux mains !

gants de travail
(Mis à jour le: 19 mars 2019)
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Malgré l’existence de divers dispositifs de protection, les accidents de la main restent nombreux.

On relève 126 000 accidents chaque année, créant 8 000 nouvelles incapacités permanentes, concernant le dos, la main et les membres inférieurs. La main est l’une des parties du corps qui est le plus souvent atteinte de lésions, d’autant plus qu’elle donne lieu au plus grand nombre d’incapacités permanentes, si l’on se réfère aux statistiques de 2013 établies par l’Assurance maladie. La main est en fait le membre le plus exposé aux accidents car elle est souvent la première partie du corps à être sollicitée lors du travail.

D’après Séverine Demasy, expert assistante-conseil en équipements du travail à l’INRS (prévention des accidents de travail et maladies professionnelles), les risques sont multiples : coupures, écrasements, entraînements, sectionnements, piqûres, abrasions, happements…Eric Choplin, responsable HSE de la section « Powder Coating » chez Akzo Nobel, note que dans cette société, c’est au niveau de la main que l’on a enregistré auparavant le plus d’accidents graves, même si de nombreuses améliorations ont été apportées. La main peut être source de contamination, pour son propriétaire et pour les autres, en particulier dans le domaine de l’industrie agro-alimentaire ou chimique.

Rendre le processus plus rationnel

La protection des mains est un sujet très délicat. Certes, les fabricants équipent de plus en plus les machines de dispositifs de protection afin d’éviter que les mains n’atteignent les parties mobiles, en particulier avec les directives européennes dont la dernière a été transposée en 2009. Mais la réduction des risques suggère de passer en revue les modes de fabrication. Au sein d’Akzo Nobel, l’utilisation de cutter a été fortement limitée, de même que celle des colles (substituées par les adhésifs) et des fixations à tournevis, qui laissent place aux attaches rapides. Toujours dans cette optique, les types de fûts ont été changés pour permettre un stockage en intérieur.

Le choix d’un EPI approprié

En matière d’EPI, les gants de travail restent les plus classiques mais néanmoins les plus efficaces. Encore faut-il faire le bon choix, en fonction des situations. En effet, il existe plusieurs types de gants de protection. D’après les normes, il y a un classement en fonction des risques contre lesquels ils sont censés protéger ainsi que le niveau de sécurité qu’ils assurent. Mais choisir les gants adéquats n’est pas forcément évident. Eric Choplin explique qu’on a par exemple besoin de gants pour la manutention, pour la protection contre les coupures lors de déplacement de cartons. Mais il faut que les gants ne soient pas une entrave aux travaux d’étiquetage, autrement dit qu’il procure tout de même une sensation au toucher. Dans d’autres procédés de fabrication, il faut plutôt se protéger contre la chaleur des machines.

Du coup, ce responsable Ekzo Nobel a redéfini toutes les phases du processus afin d’éviter que les opérateurs n’aient à manipuler des types de gants différents, le risque de se tromper de gants étant dans ce cas accru. De plus, la moindre erreur peut se solder en catastrophe. Par exemple, les bouchers portant des gants en côte de maille pour se protéger des piqûres peuvent avoir des blessures encore plus graves au moment de l’utilisation de scie à ruban. De même, un gant qui n’est pas de bonne taille peut se coincer dans la machine, emportant ainsi la main. Les statistiques de l’Agence Européenne pour la sécurité et la santé au travail (OSHA) relèvent que deux tiers des accidents est dû un défaut de port de gants. Pour le reste, il s’agit d’un problème d’adéquation ou d’état des gants. Ainsi, la réduction des erreurs passe par la rationalisation des approvisionnements. Selon Eric Choplin, à un moment donné, il y avait trois gants différents rien que pour la tâche du broyage. Actuellement, trois gants différents permettent de lutter contre trois familles de risques sur l’ensemble du site de travail. Même si des efforts ont été fournis en matière de rationalisation, cela n’empêche pas le besoin de double gantage, comme c’est le cas par exemple dans le domaine médical.

EN SAVOIR PLUS SUR LES NORMES EPI :

De plus en plus de technicité concernant les gants

En somme, il n’existe pas de gant universel. A l’inverse, un gant spécifique doit permettre de protéger exactement contre les risques inhérents à un travail, autrement le niveau de protection ne serait pas suffisant ou serait même inadéquat, d’après les explications de Frédérique Pinot, PDG de l’entreprise familiale éponyme. Stéphane Rostaing, lui aussi dans l’otique d’apporter davantage de technicité dans les dispositifs de protection de la main, ne cesse d’accroître les recherches du point de vue des matériaux utilisés : des para-aramides ultra-résistants au polyéthylène haute ténacité, en passant par les fibres de métal ou de verre… La cellule R&D de cette firme compte près de huit personnes. Le but est unique : celui de concevoir des EPI de plus en plus spécifiques, dédiés aux secteurs où les risques sont accrus. C’est le cas par exemple dans la sidérurgie, l’industrie du verre ou la métallurgie, de même que les fonderies ou l’industrie automobile.  L’entreprise vient de concevoir des gants avec de la mousse de Poron, une matière qui résiste aux chocs, à utiliser par les policiers lors des luttes anti-émeute.